Association des écoles juives

(Organisme non financé)

« Être Juif, c’est se souvenir du passé pour construire l’avenir » – Rabbin Jonathan Sacks

Alors que la présence juive au Québec date du début du XVIIe siècle, les pogroms et la discrimination en Europe ont donné lieu à l’arrivée d’une vague massive d’immigrants juifs dans les premières décennies du XXe siècle. Au début des années 1900, la population juive de Montréal avait atteint plus de 60 000 personnes. Bien que la Loi sur l’Amérique du Nord britannique de 1867 garantissait un système scolaire confessionnel, cette garantie était limitée principalement à la communauté francophone catholique et à la communauté anglophone protestante. Les écoles catholiques refusaient d’admettre les élèves juifs sous prétexte que leur présence affaiblissait le caractère chrétien du Québec. En 1903, la loi provinciale sur l’éducation a désigné les Juifs – alors la plus importante communauté non chrétienne de la province – comme « protestants » et leur a accordé le privilège de fréquenter les écoles anglaises protestantes, mais sans les droits des protestants chrétiens. Ainsi, les Juifs n’étaient pas autorisés à devenir commissaires scolaires. De plus, les élèves juifs devaient prendre part à des cours d’éducation religieuse chrétienne et la commission scolaire refusait d’embaucher des enseignants ou des administrateurs juifs.

Vu l’accès restreint aux écoles catholiques publiques et les droits limités accordés aux Juifs dans les écoles protestantes, les écoles juives ont vu le jour pour répondre aux besoins de la communauté. La multiplication de ces écoles et le nombre grandissant de leurs élèves amorcèrent un débat sur le financement public des écoles juives.

En 1925, dans un climat de plus en plus antisémite, la « question scolaire juive » avait occasionné une forte tension entre la communauté juive et la commission scolaire protestante, et avait provoqué une réaction antisémite de la part de l’Église catholique. Dans le but de résoudre la question, Louis-Alexandre Taschereau, alors premier ministre du Québec, demanda à la Cour d’appel du Québec de se pencher sur la loi de 1903. Lorsque la cour conclut initialement que la loi enfreignait la Loi sur l’Amérique du Nord britannique, la cause fut soumise en appel au Conseil privé de Londres qui statua, en 1928, que l’article 93 de la Loi garantissait en fait le droit à l’éducation des catholiques et des protestants, mais que les Juifs ne pouvaient jouir d’aucun droit dans les écoles publiques du Québec. La disposition de l’article 93 demeura en vigueur jusqu’à ce que le gouvernement du Québec abandonne le système scolaire confessionnel et le remplace par des commissions scolaires linguistiques.

À la fin des années 60, la vague de changement social et politique au Québec a ouvert la porte à un engagement élargi et à la reconnaissance du réseau privé des écoles juives. Sous la gouverne de Ben Beutel, président de Talmud Torah Unis, les quatre écoles juives se rassemblèrent pour former l’Association des écoles juives (A.E.J.), laquelle agirait à titre de représentant pour toutes les questions relatives au gouvernement et à la communauté les touchant. Le statut de représentant des écoles membres de l’A.E.J. fut confirmé le 23 septembre1969, lorsque celle-ci reçut ses lettres patentes du gouvernement.

Au début des années 70, l’A.E.J. était parvenue à obtenir la prolongation du financement partiel du gouvernement pour ses écoles juives participantes, par l’entremise de la commission scolaire protestante.  En 1976, le Parti québécois prenait le pouvoir pour la toute première fois avec, à sa tête, René Lévesque. Malgré un climat politique éprouvant, l’A.E.J. s’engagea activement auprès du nouveau gouvernement et négocia avec Jacques Yvan Morin et Dr Camille Laurin, les ministres de l’Éducation de l’époque, une formule de financement des écoles qui tenait compte des écoles juives.

Au fil des années, les responsables professionnels et laïcs de l’A.E.J. ont joué un rôle crucial dans l’établissement d’une relation de respect et de crédibilité auprès du ministère de l’Éducation du Québec. L’une des principales forces de l’A.E.J. – et sa valeur ajoutée aux yeux de ses écoles participantes tout autant que de la communauté juive – vient de sa réussite au développement et au maintien d’excellentes relations avec les dirigeants politiques et bureaucratiques du gouvernement québécois, peu importe le parti au pouvoir. Alimentée par de nouvelles sources d’immigration, y compris l’Afrique du Nord, l’Europe de l’Est et de l’Ouest et l’Argentine, la communauté juive a évolué au cours des dernières décennies, du point de vue tant ethnique que linguistique. L’A.E.J. et ses écoles participantes ont progressé, de concert avec la communauté, pour maintenir le rôle de l’association à titre d’interlocuteur auprès du ministère de l’Éducation en ce qui a trait aux questions touchant les écoles juives, et demeurent un partenaire précieux de la Fédération CJA dans la promotion des intérêts communautaires par l’amélioration de l’éducation prodiguée à nos enfants.